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La Voix de Mamadou Mady Ndiaye — Un an après…

Publié le 10 Aug 2026

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La Voix de Mamadou Mady Ndiaye — Un an après…

Le 11 février 2025, les manifestations universitaires basculaient dans la violence, bouleversant la vie de nombreux étudiants. Touché au visage, Mamadou Mady Ndiaye y a perdu son œil gauche. Un an et quelques mois après ce drame, ce jeune homme au destin singulier a accepté de se confier dans les colonnes du SETOIS. Étudiant en mathématiques, président de l'Amicale de Pikine à l'UIDT, travailleur et désormais époux, il jette un regard d'une maturité impressionnante sur son parcours. Sans fard et avec une dignité rare, il livre un témoignage puissant, qui te parle directement. « Ne laisse jamais les épreuves définir ton avenir » — Mamadou Mady Ndiaye, pour les lecteurs du SETOIS qui te découvrent ou te croisent sur le campus, comment te présenterais-tu aujourd'hui ? Je réponds au nom de Mamadou Mady Ndiaye. Je suis né à Thiaroye Gare. J'ai commencé mes études élémentaires au CEM de Thiaroye, puis j'ai continué au lycée de la même localité, avant d'obtenir mon baccalauréat à l'école Gaïndé. Mon parcours est un peu particulier : ayant perdu mon père très tôt, en 1999 alors que j'étais en classe de CM1, j'ai dû très vite devenir à la fois élève et travailleur pour subvenir aux besoins de mes études et payer mes inscriptions. J'ai fait des travaux comme carreleur, ainsi que tant d'autres chantiers. Être un enfant ne m'a pas empêché de devoir gagner ma vie et j'ai tout donné. Après l'obtention de mon bac, j'ai été orienté à l'UIDT et j'ai intégré l'Amicale des étudiants de Pikine, dont je suis l'actuel président. — Tu es étudiant en mathématiques, travailleur et désormais époux. Quel regard portes-tu sur ce chemin que tu as parcouru jusqu'ici ? Quand je regarde en arrière, mon cœur est rempli d'une profonde gratitude envers Allah ! Le chemin n'a pas été facile, il était plutôt parfumé d'embûches, mais ce sont elles qui m'ont appris ce que c'était que l'endurance, la patience et la persévérance. Mon accident survenu l'année dernière, ce 11 février 2025 où j'ai perdu mon œil gauche lors d'une grève universitaire, reste l'épreuve la plus difficile de mon existence. En tant qu'étudiant, travailleur et époux, je considère pourtant tout cela comme une grâce. Je suis fier du chemin parcouru. Car je sais qu'avec de la foi, du travail et de la détermination, il est possible de franchir les obstacles les plus lourds pour se construire un avenir clair et meilleur. — Au cours de ces longs mois qui nous séparent du drame, qu'as-tu découvert sur toi-même que tu ignorais auparavant ? J'ai découvert que j'étais beaucoup plus fort et plus endurant que je ne le pensais. C'est assez étrange, car je n'avais pas ce sentiment lors des autres épreuves que j'ai pourtant subies depuis mon enfance ; je me sous-estimais parfois. Mais c'est à partir de cet accident que j'en ai pris conscience. Certains obstacles nous poussent et nous obligent à puiser au plus profond de nos tripes. En regardant mon passé, je vois que j'ai réussi à surmonter beaucoup d'obstacles. Cette épreuve m'a permis, avec l'aide de Dieu, de me responsabiliser un peu plus, d'avoir plus de vigilance et d'accroître mon engagement. J'ai surtout appris qu'on ne peut pas toujours avoir tout ce qu'on veut dans la vie. Par contre, l'essentiel est de valoriser ce que l'on possède. Par exemple, la perte de mon œil gauche m'a montré le véritable potentiel de la vie, et m'a fait comprendre comment la valorisation de celui qui me reste pouvait être fulgurante. — Malgré ce choc, tu as continué à avancer et à poursuivre tes objectifs. D'où tires-tu cette force de caractère qui t'anime ? Ma force me vient d'abord de ma foi. Dans le Coran, ce verset de la sourate Al-Baqarah m'accompagne chaque jour : « Allah n'impose à une âme que ce qu'elle peut supporter ». Elle me vient aussi de ma maman. Malgré le décès de mon père, elle a endossé toute la responsabilité de chef de famille sans jamais relâcher, avec une bravoure immense. Enfin, je tire cette force du soutien exceptionnel de mes proches, de ma famille et de l'Amicale de Pikine. Ils m'ont tous permis de continuer à avancer, de rester debout et de gérer les difficultés au quotidien. — Aujourd'hui, quelles sont les valeurs qui guident le plus ta vie et tes choix au quotidien ? Ce qui me donne de la force chaque jour pour surmonter ce qui m'arrive, ce sont les gens qui comptent sur moi. Ce qui m'intéresse en priorité aujourd'hui, ce n'est pas mon cas personnel, c'est ma famille. Comme me le dit si souvent ma mère, le plus important dans la vie, c'est de penser aux gens qui ont besoin de toi et de tout faire pour satisfaire leur manque. C'est cette idée de responsabilité et de don de soi qui me guide. Malgré toutes les épreuves, je continue d'avancer en étant convaincu que ce qui est derrière moi était le plus dur. — Parmi toutes les étapes que tu as franchies récemment, laquelle te rend le plus fier ? Sans hésiter : celle de pouvoir enfin épauler ma mère sur certaines charges financières. Depuis la mort de mon père, elle a toujours assuré les deux rôles à la fois, elle s'est tuée à la tâche pour nous nourrir. Pouvoir l'aider aujourd'hui, la soulager de ce poids et subvenir à ses besoins, c'est ce qui me rend le plus fier au monde. — Quels sont les rêves et les ambitions qui animent aujourd'hui le jeune homme que tu es ? Mon ambition principale est de réussir mes études en mathématiques et de bâtir une carrière professionnelle solide. Je veux construire quelque chose de positif et avoir un impact réel et durable sur ma communauté. Je veux aussi accompagner les autres jeunes. Je suis intimement convaincu que la réussite individuelle ne prend tout son sens que lorsqu'elle profite et sert aux autres. — Beaucoup d'étudiants vont te lire à travers cette interview. Quel message veux-tu leur transmettre sur la persévérance, l'espoir et la confiance en l'avenir ? Je voudrais dire à tous mes frères et sœurs étudiants qui me lisent que les difficultés, aussi dures soient-elles, ne doivent jamais vous faire perdre espoir ou vous décourager. La vie n'est pas toujours simple, elle peut se révéler injuste et cruelle. Mais jamais, au grand jamais, vous ne devez abandonner. J'ai moi-même vécu et traversé ces violents aléas de la vie. Mais les épreuves ne sont que temporaires, et la lumière est toujours au bout du tunnel. Avec la foi, la persévérance, la détermination et le travail, on peut surmonter n'importe quel obstacle. Il faut toujours avancer. Croyez en vous, donnez le meilleur de vous-mêmes et gardez une confiance absolue en l'avenir. — Si ton parcours pouvait être résumé en une seule leçon de vie pour nous, étudiants, quelle serait-elle ? Ne laissez jamais les épreuves définir votre avenir ! La vie peut nous dresser face à des situations extrêmement complexes, je l'ai vécu dans ma propre chair. Mais une difficulté, aussi gigantesque soit-elle, ne doit pas nous pousser à baisser les bras. Si l'on choisit de ne pas abandonner, chaque obstacle peut être transformé en une force, en un apprentissage ou en un véritable tremplin pour grandir. La réussite appartient à ceux qui continuent d'avancer, car elle se trouve toujours au bout de l'effort. Pour être pleinement libre de sa conscience, il faut simplement faire ce que l'on a à faire. Et pour cela, il n'y a pas de secret, nous devons appliquer chez nous cette formule du président Wade : « Il faut travailler, toujours travailler, encore travailler, beaucoup travailler ».

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